Ma vie était déjà complètement occupée, jamais de vacances, jamais absente plus qu’un jour, en alors en vitesse à la maison vers mes neuf chats…. Lucy et Tigresa étant généralement en ma compagnie. Il y a avant, après, et puis forcément pendant Molina. Trois époques de ma vie.
Avant :
Entente parfaite entre chiens et chats, mari qui trouvait sa place dans le refuge.
Pendant :
Mon Dieu, pendant….Non je n’ai pas souhaité un troisième chien… je suis une femme à chats, et les chiens… c’est pas mon truc, surtout s’ils sont bruyants et dominants. J’aime mon indépendance et j’aime qu’ils aient la leur.
Samedi 1er mai : mail grosse panique à l’aide ! venant de Mireille… Traduction ? communiqué de presse ? privé ? non,…un chien… et une femme à bout de force. À trois rues de chez moi… est-ce encore un hasard ? J’irai voir, mais je ne promets rien, j’ai deux Galgos qui sont à peine remis de leurs traumatismes et 9 chats dont certains sont des ex chats errants.
Oh non ! non ! c’est pas possible ! Et ça vit toujours ? combien de temps encore ? chaque minute son cœur peut lâcher ? Pourquoi l’avoir ramenée ? comment a-t-elle pu tenir le coup pendant ce long voyage ? Ah, pile ou face… et sinon c’était la mort assurée endéans la semaine. Donc rien à perdre, le tout pour le tout.
Bon, vous n’en pouvez plus, vous n’avez plus dormi depuis une semaine, je prendrai le chien la nuit, et vous le jour, c’est d’accord ? Mais comment transporter un chien de cette taille qui ne tient pas sur ses pattes et je suis seule au volant ? Oui, d’accord le panier, tout reviendra demain matin. Le panier est attaché avec des élastiques pour fixer des bagages.
Arrivée à la maison, je monte panier et chien… et je commence à vérifier… les plaies ; les médicaments, les possibilités. Les escarres (décubitus) sont horribles, les os purulents transpercent la peau nue, début de gangrène ? Son dos est une grande plaie, mais qui semble vouloir guérir, elle pèse 12kg. Il faut la faire manger et boire toutes les deux heures, nuit et jour et éviter qu’elle ne bouge et se blesse encore plus. Les bords du panier collent dans ses plaies. Je change complètement de tactique : des couvertures et deux minces petits matelas feront sa couche, pas de contact avec des bords, au contraire, je rehausse un peu le milieu. Je lui mets des compresses chaudes que je renouvelle plusieurs fois et elle a l’air de se détendre. Je la couvre pour qu’elle ait bien chaud et mes chats pensent que c’est une couverture que j’ai déposée par terre pour eux, ils ne s’aperçoivent même pas qu’il y a une latte vivante en dessous…
La nuit je dors dans le living, le chien attaché par sa laisse à mon lit pour plus de sécurité si je devais m’assoupir. Je laisse reposer ma main sur ses côtes pour sentir si son cœur bat toujours.
Régulièrement elle émet un son horrible, un son qui
sort de sa gorge, mais qui semble être émis par la mort elle – même,
j’en ai froid dans le dos. Je me lève, je lui parle, je la tourne,
peut-être doit-elle faire pipi, caca ? peut-être souffre-t-elle
horriblement ? Je la porte dans les escaliers vers le jardin mais je
dois la soutenir… parfois elle ose se baisser, parfois non… et puis
retour vers le haut dans mes bras.
Boire, manger, médicaments, le matin injection… et surtout vérifier constamment les plaies, compresses et puis poudre Astrexine pour dessécher et permettre de former une croûte le plus vite possible et isoler des bactéries extérieures.
Après deux jours j’en ai marre de trimballer ce chien malade d’une maison à l’autre et j’espère que la dame aura retrouvé sa bonne humeur et l’envie de continuer ce qu’elle avait commencé. Je vais à mon cours d’espagnol en lui proposant de réfléchir à la question suivante : ou vous la gardez, ou moi je la reprends après mon cours et elle reste chez moi. 4 heures plus tard, la réponse est négative, elle ne peut manquer son sommeil. Tout est donc décidé : Molina restera chez moi pour tenter de se rétablir. Me voilà seule à me battre contre la mort. Ce n’est pas la première fois, mais ce cas-ci, je ne l’ai ni cherché, ni trouvé sur mon chemin.
Chaque jour je voyais revenir un peu de vie dans les beaux yeux bruns de Molina, chaque fois que je me déplaçais, elle levait la tête pour me suivre. La vie revenait…. Et puis il y avait la famille, les chats qui venaient régulièrement inspecter, les chiens qui venaient la renifler. Quand Tigresa devait recevoir sa pilule entourée d’un biscuit, Lucy et Molina recevaient également leur placebo… cela aidant peut-être, mais surtout le fait d’être totalement acceptée dans cette famille animale qui est habituée à partager a permis à Molina de récupérer ses forces à vue d’œil.
Bien sur aussi la nourriture et les soins intensifs, attention permanente que ses plaies ne s’infectent pas. Mais tous ensembles nous avons soutenu Molina, encouragé ce petit coeur qui risquait de s’arrêter à chaque instant.
Et puis ont suivi les premières sorties
au jardin, les repos entre Tigresa et Lucy dans les doux rayons du
soleil de mai. Les petites promenades flanquée de ses deux sœurs. Au
début je croyais que les trois chiens étaient de même taille et de
jour en jour j’ai vu « grandir » Molina, oui, GRANDIR : ses pattes
arrivaient à supporter son poids et se redressaient, son dos se
redressait, ses petits doigts de pied arrivaient à soutenir son corps
et ses pattes reprirent leur belle forme élancée.
Il apparut que Molina était de 10cm plus grande que ses deux sœurs et
beaucoup plus élancée. On devinait déjà une vraie machine de course. Ce
qu’elle est devenue ! En une semaine elle avait pris 8 kg et faisait
toutes les promenades avec nous. Elle commençait déjà à courir et à défier
les deux autres d’en faire autant.
Après deux semaines, le squelette était devenu un chien, après un mois le moribond était devenu un chien superbe encore un peu maigre, mais un animal adorable au pelage noir de jais et au regard pétillant de tendresse, d’intelligence, de vitalité et d’espièglerie. Nous avions gagné ! C’est à dire tous ceux qui avaient cru en elle et le miracle de la vie.
Après :
Molina est prête pour l’adoption, superbe silhouette noire, vive et alerte, peur de rien, des yeux brun vifs et pleins de tendresse.
Mais moi ? Bien sûr elle s‘entend avec tous les chiens et trouvera une famille formidable puisqu’elle aime tous les gens. Elle ne devra plus me partager avec 9 chats et deux autres chiens….Mais aucune séparation n’avait encore eu lieu, et voilà, une nuit qu’elle a logé chez quelqu’un d’autre… et ce quelqu’un d’autre a passé une nuit blanche ! Elle m’a cherchée toute la nuit en pleurant et hurlant. Marisa de Las Nieves, le week-end où elle a logé chez nous m’a dit que Molina se laisserait mourir à nouveau si elle devait se sentir abandonnée une fois de plus. Donc, c’est elle qui a décidé.
Après après après ?
Je ne dois pas vous raconter, vous connaissez tous, vous qui avez 3 chiens… 3x les gamelles, 3x les paniers à rafraîchir et laver, trois fois les crottes à ramasser si la promenade a trop tardé. Trois 3x moins de place dans le lit, 3x plus dangereux dans l’escalier… 3 laisses qui s’enroulent autour de vos jambes, 3x : « on ne touche pas aux chats, même pas les regarder ! » 3x plus de pattes noires sur les dalles quand il pleut, 3x plus de vétérinaires à payer... dois-je continuer ?
Mais après après après ?????
Une merveilleuse entente entre les trois chiennes, chacune son rôle : celle qui vole, celle qui entraîne les deux autres à jouer et puis la troisième, mère supérieure, qui ne se mouille jamais les pattes, qui rabroue les deux autres quand elles exagèrent et puis me regarde pour obtenir son « oui, c’est très bien, tu es la seule sur qui je peux compter ».
La queue aussi droite que possible pour un Galgo elle marche comme une
vraie mère supérieure à la tête… alors, j’en profite pour murmurer à
l’oreille de Lucy et Molina : «vous aussi bien entendu, mais gardez ça
pour vous !»
Ah ces promenades dans la nature, personne à voir, aucun bruit, sauf le silence entrecoupé d’un cri d’oiseau ou d’une branche qui craque… et puis on se croirait loin de la civilisation, oui, c’est ça APRÈS, un après sans fin, éternel qu’uniquement une guerre ou la mort pourrait anéantir.
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